Fanny Dumain - du 18 au 30 novembre 2013

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Je suis né une nuit, dans le noir. Le jour est arrivé bien après moi, dans toute sa beauté et sa dureté. Depuis, même absent il n’a jamais cessé d’être là, gris ou lumineux, désiré ou redouté. À sa lumière j’ai appris à grandir, à aimer, à vivre. Donc à souffrir. Tant et si bien que j’ai fini par m’écrouler.
Et je suis mort.
Il m’a fallu alors apprendre à résister, résister vraiment. Prendre les coups que je ne pouvais éviter et transformer les chocs à mon avantage. Combattre, gagner quelques fois. Aujourd’hui, j’apprends encore, je suis vivant.
J’ai dû mourir pour mieux naître.


Fanny Dumain

 

Démarche artistique

L’humain est fascinant. Tout en paradoxe. Repoussant, attirant. Complexe, et pourtant facilement définissable par ses choix et ses actes, dont l'irrationalité laisse souvent perplexe.

L'observation des traces humaines laissées à travers le monde permet d'entrevoir les manifestations d'une inépuisable volonté de vivre, et plus encore de la peur de mourir. On court après l'immortalité.

On court dominés par cette volonté de faire des souvenirs un patrimoine, de conserver la mémoire, dans une lutte incessante pour sa préservation, contre l’inexorable fin de toute chose, de tout être. Quoique l’on fasse, c’est toujours pour se laisser bercer par l’illusion de l’empreinte laissée derrière soi.
On crée, passionnés, menteurs. On ne cesse de construire. Des bâtiments par exemple. Pour y naître, y vivre, y apprendre, y travailler, y vouer un culte, y mourir. Pour toucher le ciel. Même après notre mort, il arrive qu’on érige encore un petit quelque chose pour ne pas être définitivement sous terre. Quel que soit le matériau, on construit. Quel que soit le matériau, il finit toujours par s’écrouler. À notre image, ce monde humainement minéral naît et meurt. Ces sommets, ces murs, ces prouesses architecturales sont les preuves de notre immortalité.

Mais pour combien de temps ?

Fanny Dumain

Processus de création

Partir photographier, c’est partir à l’aventure.

Guetter la météo. Sauter dans un train ou une voiture, sur un vélo ou dans des chaussures de marche, au jour le plus propice. Ne pas reculer devant les centaines de kilomètres demandant à être parcourus, parfois en une seule journée.

Attendre la lumière. Fragile, violente, fatiguée, envahissante, capricieuse, elle en fait voir de toutes les couleurs. Elle peut se faire désirer longtemps, puis s’effaroucher et s’enfuir au moindre nuage, au moindre passant.

Prendre la ville à contretemps. Rue, monument, fréquentation, configuration de l’environnement direct, sont autant de notes portées dans des carnets aux rythmes de la cité. La phase de repérage, lorsqu’elle existe, est parsemée de captures improvisées. Dans cette partition, pas de place pour les hésitations ni les peurs. Composer avec les éléments, se lancer à l’instinct, répondre du tac au tac, c’est le moment de respirer. Les instants furtifs deviennent des points d’orgue.

Des points d’orgue visuels, dépourvus d’arabesques, construits sur des perspectives minérales. Pas de déformations fantaisistes. Les apparences les plus simples cachent les histoires les plus mystérieuses. Le graphisme au minimalisme rythmé propose au regard une trajectoire ponctuée de temps forts, colorés, laissant au spectateur la liberté de la syncope. Les ciels structurés par les lignes droites et les courbes épurées offrent de larges espaces à l’imaginaire, invitent à voyager, à prendre le temps de rêver.

Entrer dans l’image, c’est faire le choix d’écouter sa musique.

Fanny Dumain

Signes de l’humain

Une empreinte est le signe résiduel de ce qui a été là.

Dans sa vanité, l’humain érige des monuments pour commémorer l'existence des choses et des êtres qui ne sont plus. Mais ces actes de monumentalisation sont vains et inefficaces pour conjurer véritablement la disparition de toute chose. Tôt ou tard, le monument finira par s’écrouler. Le signe de ce qui a été disparaîtra à son tour. Un monument est toujours une illusion, un mensonge pour soi et pour les autres ; un mensonge collectif, universel ; un mensonge nécessaire sans lequel la vie serait insoutenable. C’est à ces actes hautement symboliques et irrationnels que Fanny Dumain s’intéresse.

Présenté ainsi, notre désir illusoire de pérenniser les êtres et les choses semble être une entreprise humaine bien pitoyable et aveugle aux principes qui régissent notre monde.

Dans les photos de l'artiste, nous retrouvons une ambivalence constitutive de l’humain : ce qui est généralement stigmatisé comme mensonge et insincérité d’un côté est en même temps valorisé comme faculté d’imagination de l’autre.

Cette faculté d’imagination nous donne le pouvoir de construire des images mentales et de les réaliser, de les mettre littéralement en « oeuvres ». Ces créations mentales se constituent alors en « oeuvres d’art » car le regard de l’artiste, en se matérialisant, en se faisant monument, donne un corps tangible à cet imaginaire. Et cet imaginaire, parce qu'il est objectivé, c'est-à-dire transformé en objet, peut ainsi être partagé, interprété et discuté, faisant de l’oeuvre un objet social.

Si ces oeuvres d’art sont les traces d’opérations mentales, elles n’en sont pourtant que le signe. En tant qu'empreintes, elles expriment le manque. La trace laissée sur le sol par un animal figure autant sa présence à un moment donné que le constat de son absence.

Fanny Dumain choisit la voie de l’oeuvre, du monument, mais elle ne nous montre pas la trace de ce qui a disparu – ce qu'elle photographie n'existe pas (perspectives, lignes de fuite, grain de la lumière). Elle propose une expression plastique du mensonge et du manque, une mise en scène de la promesse intenable du monument. Elle met en scène la disparition contenue dans toute chose et ses photographies sont autant de monuments dressés en l’honneur de la beauté absurde de cette course impossible à l’immortalité.


Cédric Vilatte
critique d'art, commissaire d'exposition

 

Expositions

2013 - Les éternités éphémères - L'app'Art - Périgueux - France (individuelle)
2013 - Les éternités éphémères - Le Mètre Cube - Montignac - France (individuelle)
2013 - Les éternités éphémères - ehpad - Sainte Alvère - France (individuelle)
2013 - Les éternités éphémères - médiathèque - Trélissac - France (collective)
2013 - Phénix - Exposition "Résiliences" - Thenon - France (collective)

 

 

www.fannydumain.com
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